Partenariat Caritas Goma-Université de Milan : comprendre les terres pour bien les sécuriser

Goma, le 08 septembre 2016 (caritasgoma.org) – Les conflits au Nord-Kivu, dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), possèdent une forte dimension agraire et foncière. Agravés par la dichotomie déplacés/réfugiés et populations locales, ces conflits suscitent des formes de violences qui impliquent plusieurs types d’acteurs. Dans le cadre du projet Sécurisation des terres visant à identifier des pistes de solution aux causes de ces conflits, Caritas Goma et l’Université de Milan (Italie) comptent mettre en place des conditions favorables au retour de ces déplacés et réfugiés. Mais surtout… pour leur accueil par les populations locales.  

L’équipe de l’Université de Milan est composée de professeur Guido Sali, de professeur Giogio Provolo et de Pietro De Marinis

L’équipe de l’Université de Milan est composée de professeur Guido Sali, de professeur Giogio Provolo et de Pietro De Marinis

Pourquoi le retour des déplacés et des réfugiés – non soutenu par les populations locales – fait allusion au problème des terres ? Pour bien comprendre la question, Guido Sali, professeur au Département des Sciences agraires, Agriculture, Production, Environnement et Agroénergie de l’Université de Milan, affirme qu’il faut « l’analyser dans un contexte de croissance démographique tout en considérant qu’une meilleur utilisation des sols permettrait de trouver des pistes de solution durable ». Pour cet expert italien, l’utilisation des sols, c’est la « capacité de charge » des terres agricoles existantes et de celles pouvant être converties.

L’objectif du partenariat est de définir des plans participatifs – validés par les communautés locales – pour la gestion durable du sol. Un processus de concertation prenant en compte la durabilité sociale, économique et environnementale doit être engagé entre les agriculteurs, les éleveurs et les autres membres de la communauté. Dans ce sens, les plans de gestion du sol assument la valeur des « plans de développement local ».

Complexité sociale

L’accès à la terre est une source de violences au Nord-Kivu. Ces conflits se cristalisent autour des droits d’usages, de l’accès à la terre ou encore de bornage de parcelles de terrain. Ils impliquent des individus, des familles ou des groupes ethnico-professionnels. C’est le cas des conflits entre agriculteurs et éleveurs. Ils impliquent aussi « autochtones » et « populations étrangères » lorsque la pression sur le foncier devient trop forte.

En fait, au-delà d’ »accaparement des terres », cette appropriation et centration des terres à grande échelle, le foncier au Nord-Kivu a une dimension politique instrumentalisée par les politiques. Ces derniers affirment d’ailleurs que la raison principale qui fait de la question foncière un déclencheur de conflit est l’inexistance d’un cadre légal formel qui clarifie et sécurise les droits existants. Selon cette thèse, un tel cadre légal nécessiterait la mise en œuvre d’un mécanisme fondé sur l’enregistrement des titres de propréité privés. Correctement formalisé, il serait en mesure de pacifier les relations sociales autour de la terre. Et pourait donc substituer, à la violence, la paix du marché. Et à la politisation de la question foncière, la légitimité de la loi. Toutefois, dans une région où le pouvoir coutumier est parfois une source de conflit dans le foncier, le titre de propréité n’est toujours pas possible à mettre en œuvre. Même son efficacité est loin d’être prouvée.

Mais les questions relatives à la terre ne sont presque jamais la seule cause de la violence. celle-ci prend forme lorsque le foncier est lié à l’exclusion politique, à la marginalisation économique, à la discrimination sociale…

Distribution spatiale

Au Nord-Kivu, la terre est un actif économique précieux et une source de moyens de substance. Elle est aussi étroitement liée à l’identité, à l’histoire et à la culture communautaires. Ce qui fait que les communautés se mobilisent facilement autour des problèmes fonciers, faisant de la terre un objet central de conflit. Prenant donc en compte les thèses des uns et des autres pour assurer une paix durable, le partenariat Caritas Goma-Université de Milan va mettre l’accent sur l’utilisation des sols selon la « vocation agricole » : faire le distinctif entre la gestion pour une agriculture de substance et la gestion pour une agriculture de revenus.

Sur ce, Caritas Goma doit premièrement recenser les concessions supérieures à 49 hectares et réaliser leur cartographie. Le recensement vise à détecter le degré d’occupation des terres agricoles et la disponibilité de celles qui sont libres. Ensuite, les informations seront aussi récoltées au niveau des camps de déplacés et de réfugiés pour être analyser. Et dans le cas échéant, incluses dans le projet. Ce qui permettre à l’Université de Milan d’effecteur un examen préalable à partir des images satellitaires pour classer les sols selon leur usage.

Une fois l’utilisation des sols définie, ce projet de sécurisation des terres – financé par l’Union européenne – va se focaliser sur l’agroécologie. En plus de technique comme le compostage, la recherche de complémentarité entre les espèces, la culture sur buttes…, l’agroécologie (en tant que pratique agricole) cherche à intégrer l’ensemble des paramètres de gestion écologique de l’espace cultivé : comme l’économie, la meilleure utilisation de l’eau, la lutte contre l’érosion, le reboisement… pour maximiser l’espace.

Cellule de Communication

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