Réfugiés congolais dans les pays de l’Afrique de l’Est : entre espoirs et craintes

Goma, le 14 septembre 2016 (caritagoma.org) – La question des réfugiés congolais dans les pays des Grands Lacs est aussi une sérieuse entrave à la réconstruction de la République démocratique du Congo qu’une menance pour la stabilité de la région.

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Pourquoi partent-ils en exil ?

Fuyant l’insécurité qui endeuille l’Est de la RDC depuis deux décennies, les Congolais prennent – en général par petits groupes et d’une façon discontinue – possession des camps de réfugiés dans les pays de l’Afrique de l’Est. Ici, ils veulent se mettre en sécurité, loin des troubles dans leur pays. Le Haut-commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) les évalue à plus de 450.000 personnes, dont 220.000 en Ouganda, 94.000 au Rwanda, 72.000 au Burundi et 64.000 en Tanzanie. Tous les réfugiés interrogés disent presque la même chose : avoir traversé la frontière suite aux intimidations, à l’agression physique, aux menaces de mort…

Danger réel ou simple mouvement de panique ?

Difficile à dire. Mais barda sur la tête, ceux qui se sentent menacés préfèrent franchir la frontière. En fait, tout commence en 1993, lors des graves affrontements ethniques déclenchés à Ntoto (Nord-Kivu) qui avaient embrasé les zones rurales du Nord et du Sud-Kivu. De nombreuses familles étaient alors parties en exil. En 1996, les mercenaires rwandais et ougandais aident les rebelles du Zaïre [devenu la République démocratique du Congo en 1997 après avoir renversé le président de l’époque]. C’est donc la « Première guerre du Congo ». Une année plus tard, éclate la « Deuxième guerre du Congo ». Cette fois-ci, les milices congolaises torturent les populations locales. Pillages, meurtres et viols sont récensés dans l’Est du pays. Selon Amnesty International, « le conflit en RDC a été particulièrement marqué par l’usage systématique de viols […]. Dans l’Est de la RDC, des membres de groupes armés ont violé des dizaines de milliers de femmes, dont des fillettes ou des femmes âgées, ainsi qu’un certain nombre d’hommes et de jeunes garçons ».

Que veulent les réfugiés congolais ?

L’afflux croissant de ces réfugiés dans les pays de l’Afrique de l’Est pourrait aggraver la pénurie de terres à laquelle les citoyens de ces pays font face. Ce, en voyant leurs terres enlevées pour faire de la place aux réfugiés. Ainsi, une évaluation des intentions de retour menée par le HCR en 2007 montre que plus de 80% des réfugiés, par exemple enregistrés au Rwanda, veulent retourner en RDC. Le facteur déterminant le plus important pour savoir s’ils vont revenir et quand ils le feront reste le niveau de sécurité dans les zones de retour.

Comment les populations locales perçoivent-elles ce retrour ?

Une évaluation menée en 2010 par le Mouvement intellectuel pour le changemnt (MIC) à Goma, Masisi, Rutshuru, dans les camps de réfugiés de Byumba et de Kibuye au Rwanda ainsi qu’auprès de réfugiés congolais vivant à Kigali montre que les avis se divergent parmi les communautés dans les zones de retour. La pomme de discorde : l’identité des réfugiés qui sont au Rwanda et les circonstances de leur départ. Les uns affirment que les réfugiés vivaient avec eux. D’autres jurent que ce sont des Rwandais rentrés dans leur pays.

Que peut-on et doit-on faire ?

Dans une région où les craintes populaires largement exprimées tendent à être perçues comme des faits établis, cette question est complexe et extrêment sensible. Se protégeant des accusations qui s’appuient sur la perception populaire, les organisations humanitaires travaillant dans ce domaine se sentent souvent obligées de l’ignorer plutôt que d’en parler d’une manière ouverte et transparente. Le projet Sécurisation des terres propose son aide pour éviter que le retour des réfugiés congolais dans leur pays n’entraine un conflit.

Financé par l’Union européenne et exécuté par Caritas Goma, le projet fonde d’abord toute intervention sur l’analyse en profondeur des dynamiques locales de conflits fonciers par la sécurisation foncière. Ce, en faisant de la terre une unité de production et non pas une source de conflit. Mais à travers une ONG partenaire, le projet vise ausi à promouvoir le dialogue entre les communautés de la région sur le retour des réfugiés et faciliter en même temps le dialogue direct entre les réfugiés et les habitants dans les zones du retour.

Cellule de Communication

 

 

 

 

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