Sécurisation des terres : Caritas Goma plaide pour l’implication des députés provinciaux

Goma, le 2 août 2016 (caritasgoma.org) – Malgré l’adoption d’un arsenal juridique pour préserver le patrimoine foncier en RDC (République démocratique du Congo), celui-ci est plus menacé que jamais. Surtout au Nord-Kivu, dans l’est du pays. D’où, l’appel de Caritas Goma auprès des élus du peuple pour leur implication sur les pistes de solution.

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Des morcellements de terres autorisés [ou non] par des décisions judiciaires, de même que des démolitions de maisons, des dizaines de personnes expulsées… La gestion foncière – une source permanente de conflits au Nord-Kivu – empoisonne la vie des habitants de la région-Est de la RDC. Et défraie la chronique par sa gravité. « Comment comprendre qu’une minorité de riches s’accaparent presque de toutes les terres, alors que des milliers de paysans manquent où pratiquer la petite agriculture maraichère ? », se demande un notable.

C’est à cette question que le projet Sécurisation des terres de Caritas Goma plaide pour l’implication des députés du Nord-Kivu. Financé par l’Union européenne, le projet vise à faire bénéficier les populations soumises à des conflits fonciers de droits d’accès à la terre durablement sécurisés. Car la conséquence de cette sécurisation foncière, c’est une cohésion sociale et communautaire, estime le professeur Gaby Habimana, responsable du projet à Caritas Goma, qui l’a présenté (fin-juin) à l’Assemblée provinciale. Pour lui, assurer la sécurisation des terres d’un paysan, c’est lui garantir de tirer profit des investissements qu’il aura réalisés sur la terre, en travaillant comme en argent. Car la sécurisation foncière est perçue par le paysan comme une condition pour assurer la substance de la famille et la transmission des terres aux héritiers.

Sécurisation des terres dans la partie sud du Nord-Kivu est un projet pilote de trois ans. A travers la mise en œuvre d’une stratégie intégrée et appropriée par toutes les parties, le projet vise la vulgarisation de la loi foncière ainsi que des procédures à suivre pour obtenir un titre foncier. Le projet vise aussi à réduire la pression sur les terres par le biais de contrat de cession de terres et l’installation des familles sans terres. Ce qui va permettre au projet de former les paysans aux bonnes pratiques agricoles pour augmenter la production. D’où, une amélioration des revenus économiques des ménages… au cas où tout le monde s’impliquait.

Le projet a été bien accueilli par les députés. Mais certains élus ont néanmoins soulevé des préoccupations qui ont trait à son application face à un certain nombre d’acteurs sur le terrain. Parmi ces derniers : les chefs coutumiers.

600.000 déplacés internes

La RDC compte (2016) 1,8 million de personnes déplacées internes, dont plus de 600.000 au Nord-Kivu : le théâtre des crises humanitaires à répétition. Ce chiffre représente une augmentation de 13% par rapport à 2015. Ces déplacés du Nord-Kivu vivent, les uns, dans une cinquantaine de camps éparpillés dans la province. D’autres campent autour des sites comme : écoles, églises, hôpitaux et centres de santé. La troisième catégorie habite dans des familles d’accueil, dont la situation socioéconomique laisse aussi à désirer.

Dans le cadre de la pacification de l’est de la RDC, le projet Sécurisation des terres compte apporter des pistes de solution à l’installation des personnes déplacées internes dans leurs zones d’origine après plusieurs années d’errance. Après une sensibilisation interactive, le projet devra faciliter le retour de ces déplacés. Mais il devra d’abord commencer par renforcer les capacités des communautés d’accueil à faire face à un flux des retournés… De même pour le retour des réfugiés congolais venant des pays de l’East-Africa.

L'équipe du projet Sécurisation des terres dans l'hémicycle

L’équipe du projet Sécurisation des terres dans l’hémicycle

450.000 réfugiés dans les pays de l’East-Africa

Selon le Haut-commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR), les Congolais partis de l’Est du pays vers les pays de l’East-African sont principalement au Rwanda, en Ouganda, au Burundi et en Tanzanie. Ils y bénéficient d’une assistance dans les secteurs des abris, de l’eau et assainissement… ou encore de l’éducation.

En fait, la peur des agressions physiques dans le cycle de violences perpétrées dans l’est de la RDC, depuis 23 ans, a contraint certains à trouver refuge au Rwanda. Répartis dans cinq camps et un centre de transit (hormis ceux qui vivent à Kigali, la capitale rwandaise), la première vague avait fui le pays à la suite des graves affrontements ethniques déclenchés en 1993, qui avaient embrasé des localités du Nord et du Sud-Kivu.

La deuxième vague est partie en 1994 à l’arrivée des réfugiés rwandais en RDC, après le génocide au Rwanda. La troisième est partie pendant la « Première guerre du Congo » (1996-1997). La quatrième est partie durant la « Deuxième guerre du Congo » (1998-2002). La vague de 2012, avec la guerre du M23, est la plus récente. Mais le premier camp du HCR pour héberger ces réfugiés congolais n’a été ouvert qu’en 1996. Au total, les réfugiés congolais au Rwanda sont aujourd’hui plus de 94.000, enregistrés auprès du HCR.

En terre ougandaise, les réfugiés congolais [partis du Nord-Kivu] sont arrivés en trois vagues successives. D’abord, entre 1997 et 2000, entre les deux guerres du Congo. Puis, en 2009, pendant l’insurrection du CNDP. Enfin, les Nord-Kivutiens fuient la province depuis 2013, à la suite des massacres perpétrés par des rebelles des ougandais des ADF dans leurs zones de départ. Les réfugiés congolais en Ouganda sont aujourd’hui plus de 220.000, reconnus par l’ONU. Hormis ceux qui vivent à Kampala, la capitale ougandaise, les réfugiés congolais sont repartis dans huit camps. Certains sont même devenus de véritables petites villes où les réfugiés habitent depuis longtemps… après avoir fui les violences dans l’Est de la RDC.

Ces violences au Nord et au Sud-Kivu ont poussé des milliers de Congolais à chercher l’asile au Burundi et en Tanzanie. Dans un contexte de pression foncière et de surpopulation notoire, en 2012, alors que les camps du HCR étaient saturés, les autorités burundaises ont accepté la création d’un nouveau camp, dans la province de Cankuzo. Les réfugiés congolais au Burundi sont aujourd’hui plus de 72.000 sous l’administration du HCR dans ce pays. Et ceux de la Tanzanie sont plus de 64.000, enregistrés auprès de l’ONU.

Cellule de Communication

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